{"id":6850,"date":"2022-05-19T14:52:51","date_gmt":"2022-05-19T12:52:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.mio.osupytheas.fr\/fr\/sophie-bonnet-exploratrice-des-deserts-oceaniques\/"},"modified":"2022-05-19T14:52:51","modified_gmt":"2022-05-19T12:52:51","slug":"sophie-bonnet-exploratrice-des-deserts-oceaniques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mio.osupytheas.fr\/fr\/sophie-bonnet-exploratrice-des-deserts-oceaniques\/","title":{"rendered":"Sophie Bonnet, exploratrice des d\u00e9serts oc\u00e9aniques"},"content":{"rendered":"<div id=\"basic-page-content\" class=\"page-content\">    <div class=\"content\">    <div class=\"container\">      <div class=\"row\">        <div class=\"col-xs-12\">                      <div class=\"container clearfix\">              <div class=\"row\">                <div class=\"col-xs-12\">                                  <\/div>              <\/div>            <\/div>                                <div class=\"body\">              <div class=\"field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden\"><div class=\"field-items\"><div class=\"field-item even\" property=\"content:encoded\"><p>Les microorganismes marins pourraient-ils absorber davantage de CO2 qu\u2019on ne le pense ? Et ainsi participer \u00e0 diminuer le r\u00e9chauffement climatique ? C\u2019est ce que pense l\u2019oc\u00e9anographe Sophie Bonnet qui vient de d\u00e9crocher une bourse europ\u00e9enne ERC Consolidator pour financer HOPE, son projet de recherche sur ce sujet. Rencontre avec une passionn\u00e9e des d\u00e9serts oc\u00e9aniques tropicaux, ces espaces pauvres en nutriments, et leurs richesses cach\u00e9es.<br>Sophie Bonnet a grandi au gr\u00e9 des navigations, au sein d\u2019une famille adepte de la voile. Toute petite, elle se dessinait souvent sur un bateau, entour\u00e9e d\u2019\u00e9tendues bleues et de cr\u00e9atures marines. Une obsession qui allait rapidement devenir un projet professionnel pour la jeune femme. Adolescente, elle savait d\u00e9j\u00e0 ce qu\u2019elle voulait devenir : oc\u00e9anographe. \u00ab J\u2019ai d\u00e9couvert ce mot \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 13 ans et il a cristallis\u00e9 mes r\u00eaves, se souvient-elle. Apr\u00e8s mon bac, je me suis engag\u00e9e dans de longues \u00e9tudes jusqu\u2019au doctorat. Mais avant cela, je suis partie autour du monde pendant un an sur un voilier, naviguer vers l\u2019Afrique de l\u2019Ouest et Madagascar. Avec le navigateur Michel Huchet, nous voulions \u201cnaviguer utile\u201d, et offrir la possibilit\u00e9 \u00e0 d\u2019autres navigateurs de faire de m\u00eame. Nous avons donc cr\u00e9\u00e9 l\u2019association humanitaire Voiles sans fronti\u00e8res qui apporte de l\u2019aide m\u00e9dicale et scolaire \u00e0 des populations isol\u00e9es, uniquement accessibles par voies maritimes et fluviales avec de petits bateaux. J\u2019ai par la suite \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sidente de cette association pendant dix ans. \u00bb<\/p><p>De minuscules organismes\u2026<\/p><p>Apr\u00e8s son ann\u00e9e de c\u00e9sure, Sophie Bonnet \u00e9tudie \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Paris Sorbonne o\u00f9 elle obtient un master en oc\u00e9anographie biologique puis entame une th\u00e8se supervis\u00e9e par l\u2019oc\u00e9anographe C\u00e9cile Guieu. Le sujet : \u00ab Le fer d&#8217;origine atmosph\u00e9rique en milieu oc\u00e9anique oligotrophe et son r\u00f4le dans la fertilisation de l\u2019oc\u00e9an \u00bb. Car si elle est biog\u00e9ochimiste de formation, l\u2019\u00e9tudiante souhaite travailler sur des sujets d\u2019int\u00e9r\u00eats soci\u00e9taux et notamment sur la capacit\u00e9 de l\u2019oc\u00e9an \u00e0 absorber le dioxyde de carbone (CO2).<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00ab Je me suis passionn\u00e9e pour les diazotrophes, des microorganismes du plancton qui fournissent de l\u2019azote \u00e0 l\u2019ensemble de la cha\u00eene alimentaire. Ils permettent sous certaines conditions de cr\u00e9er de v\u00e9ritables oasis de vie dans des zones consid\u00e9r\u00e9es comme des \u201cd\u00e9serts oc\u00e9aniques\u201d, qui repr\u00e9sentent 60 % de la surface de l\u2019oc\u00e9an global, explique-t-elle. C\u2019\u00e9tait peu \u00e9tudi\u00e9 en France alors j\u2019ai rejoint le laboratoire de Douglas Capone, sp\u00e9cialiste du sujet, \u00e0 University of Southern California \u00e0 Los Angeles. Il m\u2019a initi\u00e9e \u00e0 ce monde ! \u00bb<\/p><p>\u00c0 son retour des \u00c9tats-Unis en 2007, la post-doctorante est recrut\u00e9e \u00e0 l\u2019IRD au sein de l\u2019UMR MIO et s\u2019installe \u00e0 Noum\u00e9a quelques ann\u00e9es plus tard, o\u00f9 elle peut \u00e0 loisir \u00e9tudier les diazotrophes, essentiellement pr\u00e9sents sous les tropiques, et leurs interactions avec le cycle du carbone. La jeune oc\u00e9anographe encha\u00eene les projets et les exp\u00e9ditions. Elle remarque alors que ces microorganismes ne sont pas uniquement positionn\u00e9s dans la couche de surface mais qu\u2019ils sont \u00e9galement pr\u00e9sents en zone m\u00e9so-p\u00e9lagique, situ\u00e9e entre &#8211; 200 et &#8211; 1 000 m\u00e8tres de profondeur.<\/p><p>\u2026 si utiles<\/p><p>Cela remet en cause le consensus selon lequel ces microorganismes sont recycl\u00e9s dans l\u2019oc\u00e9an de surface, et ne participeraient donc pas \u00e0 la pompe biologique, cette s\u00e9rie de processus conduisant \u00e0 transporter le carbone de la zone de surface vers les fonds marins. Gr\u00e2ce \u00e0 cette pompe, l&#8217;oc\u00e9an absorbe et s\u00e9questre une partie du CO2 anthropique \u00e9mis par la combustion des \u00e9nergies fossiles. \u00ab Les diazotrophes absorbent le CO2 de l\u2019atmosph\u00e8re via la photosynth\u00e8se et le transforme en mati\u00e8re organique qui coule ensuite vers les profondeurs et est stock\u00e9e dans les s\u00e9diments pour des mill\u00e9naires. Les scientifiques pensaient jusque-l\u00e0 que ce carbone ing\u00e9r\u00e9 par les diazotrophes \u00e9tait essentiellement recycl\u00e9 en surface puis retournait dans l\u2019atmosph\u00e8re, poursuit la chercheuse. Ces microorganismes joueraient ainsi un r\u00f4le essentiel dans la pompe biologique dans ces vastes zones d\u00e9sertiques. Il est important d\u2019\u00e9tudier ce processus car ces zones dites d\u00e9sertiques s\u2019\u00e9tendent avec le r\u00e9chauffement climatique et constitueront probablement en partie nos oc\u00e9ans de demain. \u00bb<\/p><p>Pour la mise en lumi\u00e8re de ce processus, Sophie Bonnet est r\u00e9compens\u00e9e en 2019 par le grand prix d\u2019oc\u00e9anographie \u00ab Christian Le Provost \u00bb. Elle s\u2019attelle ensuite \u00e0 r\u00e9soudre deux obstacles \u00e0 la compr\u00e9hension de l\u2019influence des diazotrophes sur la pompe biologique. Il demeure en effet extr\u00eamement complexe d\u2019une part de quantifier les flux trophiques au sein de la chaine alimentaire, et donc de quantifier et de mod\u00e9liser la part de carbone d\u00e9riv\u00e9e des diazotrophes qui chute vers l\u2019oc\u00e9an profond. D\u2019autre part, les m\u00e9thodes d\u2019observation microbiologiques actuelles \u2013 qui mesurent l\u2019oc\u00e9an \u00e0 l\u2019\u00e9chelle hebdomadaire ou mensuelle \u2013 ne permettent pas de capturer avec suffisamment de finesse les processus mis en jeu, qui se font \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019heure ou de la journ\u00e9e.<\/p><p>Imaginer l\u2019oc\u00e9an de demain<\/p><p>L\u2019oc\u00e9anographe d\u00e9veloppe ainsi le projet HOPE pour lequel elle re\u00e7oit la bourse ERC Consolidator (voir encadr\u00e9) en 2022. Ce projet int\u00e8gre notamment le d\u00e9ploiement d\u2019une bou\u00e9e profileuse intelligente munie de capteurs haute technologie, dont certains sont d\u00e9velopp\u00e9s \u00e0 cette occasion. Elle permettra de scruter l\u2019oc\u00e9an de surface et de fond simultan\u00e9ment, \u00e0 haute fr\u00e9quence (\u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019heure et du jour), et de r\u00e9soudre la complexit\u00e9 des processus microbiologiques mis en jeu et les facteurs de leur variabilit\u00e9 avec une finesse jamais atteinte auparavant.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>L\u2019oc\u00e9anographe souhaite d\u00e9ployer cette bou\u00e9e durant trois ans pour obtenir 6 000 points de mesure, soit des mesures toutes les quatre heures entre 0 et 100 m\u00e8tres de profondeur, \u00e0 la fois en zone tropicale et en zone temp\u00e9r\u00e9e. Ces donn\u00e9es serviront ensuite \u00e0 \u00e9laborer des cartes mondiales d\u2019export de carbone vers les profondeurs attribu\u00e9 \u00e0 ces microorganismes.<\/p><p>\u00ab Les mod\u00e9lisateurs du GIEC commencent \u00e0 s\u2019int\u00e9resser aux diazotrophes qui viennent d\u2019\u00eatre identifi\u00e9s comme des acteurs cl\u00e9s dans le maintien de la productivit\u00e9 de l\u2019oc\u00e9an du futur, plus chaud et plus stratifi\u00e9, ajoute Sophie Bonnet. Le volet d\u00e9velopp\u00e9 dans l\u2019ERC s\u2019attache \u00e0 ce qui se passe apr\u00e8s, au devenir de ces diazotrophes dans l\u2019oc\u00e9an, et \u00e0 leur capacit\u00e9 \u00e0 s\u00e9questrer du CO2. Au vu de leur importance future probable, nous avons besoin de comprendre leur capacit\u00e9 \u00e0 s\u00e9questrer du dioxyde de carbone dans l\u2019oc\u00e9an d\u2019aujourd\u2019hui, pour comprendre et mod\u00e9liser leur r\u00f4le dans l\u2019oc\u00e9an de demain. \u00bb<\/p><p>\u00a0<\/p><p>Gr\u00e2ce au financement de 2,5 millions d\u2019euros, Sophie Bonnet pourra \u00e9galement d\u00e9velopper une colonne d\u2019eau automatis\u00e9e nomm\u00e9e SOCRATE (pour Simulated OCean wateR column with AutomaTEd sampling) con\u00e7ue pour le projet avec les ing\u00e9nieurs Jean-Michel Grisoni et Julien Vincenti. Elle pourra y \u00e9tudier la s\u00e9dimentation des diazotrophes et les flux trophiques \u00e0 la fois en laboratoire \u00e0 Marseille et dans le Pacifique Sud, o\u00f9 SOCRATE embarquera \u00e0 bord des exp\u00e9ditions oc\u00e9anographiques pr\u00e9vues \u00e0 compter de 2024. D\u2019ici l\u00e0, Sophie Bonnet pr\u00e9pare avec enthousiasme son nouveau d\u00e9part des c\u00f4tes marseillaises vers celles du Pacifique, en compagnie de sa famille dont ses jumelles de six ans.<\/p><p>\u00a0<\/p><\/div><\/div><\/div>            <\/div>                            <\/div>      <\/div>    <\/div>  <\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les microorganismes marins pourraient-ils absorber davantage de CO2 qu\u2019on ne le pense ? Et ainsi participer \u00e0 diminuer le r\u00e9chauffement climatique ? 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