Louise Delaigue, Chercheuse posdoctorale au Laboratoire d’Océanographie de Villefranche sur mer, donnera un séminaire le jeudi 2 avril 2026 à 13:00 à l’amphithéâtre OCEANOMED, sur le thème : Nouveau regard sur le puits de CO2 de l’océan Austral grâce aux observations autonomes.
Résumé
L’océan Austral constitue un important puits de CO2 atmosphérique, mais l’intensité et l’évolution de ce puits demeurent incertaines en raison de l’échantillonnage spatialement limité et saisonnièrement biaisé des observations réalisées depuis les navires. Les reconstructions fondées sur le Surface Ocean CO2 Atlas (SOCAT) indiquent un renforcement de ce puits depuis le début des années 2000, mais ces signaux peuvent refléter l’évolution de la couverture observationnelle plutôt qu’un changement à l’échelle du bassin. Nous combinons ici SOCATv2025 avec des estimations de la pression partielle de CO2 de surface (pCO2) dérivées des flotteurs BioGeoChemical (BGC-) Argo afin d’évaluer dans quelle mesure l’extension de l’échantillonnage autonome modifie les estimations des échanges de CO2 air–mer dans l’océan Austral. À l’aide de modèles d’apprentissage automatique entraînés sur (i) SOCATv2025 seul, (ii) BGC-Argo seul, et (iii) un jeu de données fusionné SOCATv2025–BGC-Argo pondéré par les incertitudes, nous calculons les flux mensuels de CO2 air–mer au sud de 30°S sur la période 2003-2024. Les observations issues uniquement des navires suggèrent une forte intensification du puits de CO2, mais ce signal s’atténue ou disparaît lorsque les flotteurs sont inclus, conduisant à une reconstruction combinée présentant une tendance de long terme proche de zéro et non statistiquement significative. La reconstruction combinée pondérée par les incertitudes fournit une absorption moyenne de CO2 par l’océan Austral de −1,33 ± 0,10 Pg C an-1 sur cette période, en accord avec les estimations issues des inversions atmosphériques et des modèles biogéochimiques océaniques globaux du Global Carbon Budget. La correction des biais d’échantillonnage à l’aide des flotteurs BGC-Argo réduit le puits inféré à l’échelle du bassin d’environ 0,17 Pg C an-1 (≈11 %), en cohérence avec les expériences de simulation de systèmes d’observation, tout en limitant les biais systématiques rapportés dans les pCO2 dérivées des flotteurs grâce à l’ancrage des observations autonomes sur les mesures effectuées depuis les navires. L’intégration de flux d’observations complémentaires fournit ainsi une référence physiquement interprétable pour le puits de CO2 de l’océan Austral et montre comment une prise en compte explicite des biais d’échantillonnage peut réconcilier les contraintes issues des observations par navire et par flotteur.

